10 mai 2006

Théâtre> "Face de cuillère" de Lee Hall mise en scène par Michel Didym

J'ai rendez-vous avec Romane Bohringer. Chaque année nous nous retrouvons au théâtre; en chinoise Brechtienne dans l'excellente mise en scène de Irina Brook (au TN de Chaillot en 2004 - à lire le Jounal de Chaillot Juin 2004 en PDF) ou en fille musicale de Fantômas dans "Fantômas revient" de Gabor Rassov (au Théâtre de l'Est parisien en 2005) elle m'a toujours étonné.  J'ai toujours peur que sa voix, ses gestes la face sombrer dans le pathos, mais à chaque nouvelle rencontre je suis étonné par la maîtrise de cette faiblesse naturelle, car Romane Bohringer semble naturellement très Humaine, qui fait de cette particularité un style, un plus, qui fait d'elle une comédienne souvent parfaite. 

Cette année nous nous retrouvons dans le belle salle du Théâtre des Abesses à 20h30 pour "Face de Cuillère". Je viens de terminer une journée de dix heures et j'ai très peur de ne pas résister au sujet de la pièce : "Un court moment dans l'existence d'une fille jeune. Au premier abord un moment sans importance particulière, si ce n'est que l'enfant n'aura peut-être pas le temps de devenir adulte. Minée par un cancer", dixit le programme, ambiance... Lee Hall, l'auteur, est le scénariste de "Billy Elliot" (Aï!); le traducteur est Fabrice Melquiot, l'auteur de "Bouli Miro" (au Studio Théâtre en 2003, mise en scène par Christian Gonon) (Bon!), pourquoi pas...

Dans un décor de salle de classe apparaît Face de cuillère et la voix de Maria Callas. Romane Bohringer avance vers nous avec un poste de musique qui souffle la voix de la tragédie. « Ce que je voudrais c’est devenir un chanteur très triste, pour prendre un morceaux de beauté ». Celle que l’on appelle Face de cuillère, à cause de la forme de son visage, et de « travers depuis toujours » et elle va mourir. Elle nous raconte son histoire particulière, ses parents, sa passion des chiffres et des dates puis ce que s' que de vivre avec un cancer lorsque l’on est une petite fille. Le texte de Lee Hall se veut très exemplaire ; la mort n’est rien, l’essentiel est ailleurs, « dans les étincelles »… Tout ça est très délicat, on s’étonne même de rigoler lorsqu’elle nous parle des effets secondaires des rayons. Certain trouveront le spectacle très juste, d’autre, comme moi, apprécieront la musique, le texte, mais mettront volontiers de côté cette philosophie de la vie et de la mort un peu Coelhoienne ou à la façon des fortune cookies « le bonheur est une denrée merveilleuse plus on en donne, plus on en a » (voici ce que j’ai pu lire en brisant mon biscuit hier). Il y a juste une petite chose qui m’a un peu gêné, la juxtaposition de la souffrance de Face de cuillère avec celle de la mère du docteur, une juive déporté dans un camp de concentration, juxtaposition censé apaisé les douleurs de Face de cuillère. (Il faudrait d’ailleurs rappeler à l’auteur que les camps de concentration ont menés à la mort principalement des personnes de confessions juives mais aussi des polonais, des allemands, des homosexuelles…)

Romane Bohringer interprète avec beaucoup de justesse cette petite fille très adulte face à la mort. Si ce soir là elle frôla parfois le ton surfait de l’enfance, Romane Bohringer a toujours cette incarnation sensible qui évite la vilaine interprétation enfantine.

La sobre mise en scène de Michel Didym est plutôt intéressante, même si je doute de l’intérêt des passages musicaux chorégraphiés et que j’aurais préféré voir Face de cuillère jouer à ce moment  là à la Cantatrice.

Face de cuillère de Lee Hall est un délicat spectacle. Si la forme est un peu scolaire, il est si difficile de donner à une petite fille la parole avec justesse, qu’il faut bien avouer que ce texte apporte un peu de lumière à cette triste histoire.

 

"Face de cuillère" de Lee Hall, texte français de Fabrice Melquiot, mise en scène par Michel Didym avec Romane Bohringer au Théâtre de la Ville - Théâtre des Abesses du 26 avril au 20 mai 2006.

[Vu le 9.V,2006 Fauteuil I 11]

 

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Romane Bohringer est à l'affiche de "Lili et le baobab" un film de Chantal Richard, actuellement au cinéma.

28 avril 2006

"A Woman of mystery" de John Cassavetes, mise en scène marc Goldberg au Vingtième Théâtre

Myriam Boyer dans un texte de John Cassavetes. Alléchant, terriblement alléchant… Résultat, une déception immense que je ne digère pas.

Myriam Boyer est une comédienne exceptionnelle. Exceptionnelle car unique. Son imposante présence contrebalance avec sa voix aux lignes maladroites et fissurés. J’ai toujours regretté son absence des grandes scènes nationales, absence que je ne m’explique pas. Ceci n’empêche pas de la retrouver régulièrement sur des scènes moins médiatisées, pour des créations ("Médée kali" de Laurent Gaudé au Théâtre du Rond-Point en 2003, "Je viens d'un pays de neige" de Anne Jolivet en 2005 au Théâtre Dejazet).

 

Ecrite et crée par John Cassavetes en 1986 avec Gena Rowlands dans le rôle principal, A woman of mystery est la randonnée d’une femme dans les rues d’une grandes ville qui dans sa valise traîne des millions de dollars ! Et forcement dans les rues d’une grande ville on n’est pas seul… Une fille cachée, un agent de voyage, une voyante, un amant…

La mise en scène de Marc Goldberg est proche de l’amateurisme. Les comédiens, qui tous, sauf Myriam Boyer, interprètent plusieurs personnages, avancent dans une histoire qui ne maîtrisent pas. On finit par avoir l’impression de voir une série de sketches dont le but est de nous emmener vers la sortie du théâtre. Résultat : rien ne se dévoile de cette femme mystérieuse. Dommage, mille fois dommages.

 

"A Woman of Mystery" de John Cassavetes, mise en scène de Marc Goldberg, avec Brigitte Damiens, Philippe Mercier, karina beuthe, Stephen Szekely et Myriam Boyer au Vingtième Théâtre.

 

[Vu le 19.IV,2006 Fauteuil Placement libre]

07 avril 2006

Théâtre> "Giorni felici - Oh les beaux jours" de S. Beckett, dans une reprise de la mise en scène de Giorgio Strehler par Carlo Battistoni

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L'autre voix de Beckett. Ma première expérience Beckett c’était vers mes quinze ans. J’avais trouvé une série d’exemplaires en occasion à lire pour les vacances… Je n’avais rien compris ! J’ai rangé le tout et attendu…

Cette année, le Théâtre du vieux colombier proposait une version de "Oh les beaux jours" avec la doyenne, la majestueuse Catherine Samy. La mise en scène très beckettienne de Frédérick Wisseman fut une épreuve terrible. Je garde de ce spectacle un très très mauvais souvenir. J’étais donc inquiet de cette version italienne. La langue et le côté mythique de la mise en scène de Strehler s’ajoutait à cet à priori. Mais voilà, le théâtre est une matière si vivante que ce que j’ai vécu lors de cette représentation au Théâtre de l’Athénée - Louis Jouvet, qui entre parenthèse m’a bluffé avec sa programmation, a donné à Beckett une voix très différente…

 

En 1982 Giorgio Strehler travaille sur la mise en scène de l’auteur irlandais. Il est accompagné de la grande Giulia Lazzarini à qui il offre le rôle de Winnie. Strehler connaît la création de la pièce avec Madeleine Renaud, qui appliquait à la lettre les souhaits de Beckett. Mais Strehler semble intéressé par autre chose et tente de prendre une certaine distance en rompant avec les didascalies très précises de Beckett sur le décor et sur la ponctuation, les pauses, de Winnie. Pas l’ombre d’ « une étendue d’herbe brûlée s’enflant au centre d’un petit mamelon », mais une plage de sable blanc et des miroirs noir qui reflète la scène. Les longues pauses, voulues pas l’auteur, disparaissent au profit d’un débit rapide, car selon Strehler « si tu parles vite, tu te sens vivante ; si tu ne parles comme ça, tu meurs immédiatement (…) ET WINNIE ne se laissent pas abattre par le destin ». Et c’est ainsi que Strehler distingue sa mise en scène ; en optimisant le texte. Ce dernier jour de Winnie, qui sait sa fin proche, inévitable et qui prend conscience que dans l’univers elle n’est pas moins qu’un grain de sable, et bien Strehler va le faire vibrer et demande à sa comédienne de s’accrocher à la moindre chose et de faire naître l’espoir.

 

Oh les beaux jours! Je n’ai jamais autant compris Beckett. Terrible de dire ça alors que la pièce va contre les souhaits de son auteur. Mais à l’évidence, je n’ai jamais autant réceptionné la poésie de Beckett. Il faut dire que Giuilia Lazzarini est une comédienne incroyable, magique. Une immense interprète. Elle habite son personnage entre résignation et espoir.

Il faut que je l’avoue, à la fin de la pièce, au moment où Winnie commence à chanter la valse de "La veuve joyeuse", je me suis mis à pleurer. J’ai essayé de résister mais avec l’avalanche des applaudissements je me suis retrouvé dans une situation terrible, bouleversé par ce que me disait la pièce. J’ai compris subitement cette fourmi qui porte une balle blanche, ce revolver pointé sur Winnie et qui peut tout arrêter, mais surtout ce « Oh les beau jours » que la vie nous offre et que Strehler fait résonner.

 

Giorgio Strehler, dans un article écrit après le décès de Beckett, rapporte les propos de Brecht, qui semble curieux de la mise en scène que propose le maître italien : « Je reçu quelques lignes de Brecht (…) pour lui, ses personnages voulaient toujours, d’une manière ou d’une autre, affirmer la Vie, même si c’est la pire des conditions possibles ». Alors on se pose légitimement la question, est-ce que Strehler respecte Beckett avec sa mise en scène, restitue t-il la voix de l'auteur? Aucune idée, mais voici la version la plus optimiste de la vie et du théâtre de Beckett.

 

"Giorni felici - Oh les beaux jours" de Samuel Beckett. Reprise de la mise en scène de Giorgio Strehler par Carlo Battistoni. Avec Giuilia Lazzarini et Franco Sangermano et l'équipe du Piccolo Teatro di Milano, au Théâtre de l'Athénée - Louis Jouvet du 5 au 9 avril 2006.

[Vu le 6.IV,2006 Fauteuil I2]

 

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Critique Le Monde, Lire (en pdf)

Arte propose le 7 avril, un thema spécial "Samuel Beckett - Maître du silence", un dossier complet sur l'auteur irlandais est à consulter sur le site.

24 mars 2006

"Père" de August Strinberg, mise en scène de Christian Schiaretti au T.N. de la Colline

Venu du froid. Il y a quelques notes plus tôt je vous parlais de "Grief[s]" mise en scène par Anne kessler au Studio théâtre qui sous une forme intelligente mettait en lumière des courtes pièces de Strindberg, Ibsen et Bergman. La France semble découvrir à nouveau ce théâtre venu du froid. Au théâtre de la Colline, dans la grande salle, Christian Schiaretti, directeur du Théâtre National Populaire de Villeurbanne, met en scène Père du August Strindberg. Le capitaine Rittmester doit faire un choix dans l’éducation de sa fille Laura. Elle sera institutrice. Orientation qui ne plaît guère à sa femme Bertha. Cette simple dispute va révéler une situation malsaine. Bertha ne comprend pas qu’une mère n’a pas autorité sur l’éducation de sa fille, que seul le père soit décisionnaire. Mais Bertha est moins soumise qu’elle paraît, beaucoup, beaucoup moins… Bertha est une femme fatale, vicieuse et manipulatrice, le capitaine va couler…


Christian Schiaretti se trompe. Dans un décor de sous marin : une scène recouverte de zinc éclairée par un plafond bas et incliné, où trois grandes fenêtres filtre une lumière verte fluorescente, le metteur en scène impose immédiatement le drame. Le drame est là, de suspens nous n’auront pas droit. Christian Schiaretti balance tout et balance même Bertha, interprétée par Ruth Vega Fernandez, qui sans nuance déboule sur scène alors que la force de ce personnage, fascinant, est dans le projet préparé de longue date... Des comédiens, au nombre de huit, trois sont excellents : Gilles Fisseau, le pasteur, Johan Leysen, le capitaine, qui dans des ses abandons fait penser à Klaus Kinski, peut-être à cause de son accent, et Isabelle Sadoyan, qui interprète le nourrice Margret entre amour et douleur, est troublante.

       
Un théâtre vivant. Au fil de mes lectures de cet auteur, que je trouve passionnant, il m’apparaît comme évident que les metteurs en scènes se trompent sur l’ambiance à dessiner. Lorsqu’un metteur en scène monte Tchekhov il est presque devenu habituel de voir les lumières blanches et voilées de la tristesse qui demeure… Erreur ! Chez Tchekhov, même si le drame est itinérant à l’histoire, l’essentiel est dans l’humeur, les sentiments, la joie, la présence des personnages, des repas de fêtes ou des rassemblements. Et ceux qui ont assisté à une représentation de Tchekhov en russe, savent de quoi je parle. Tchekhov écrit à propos de "Trois sœurs", « il faudrait écrire une pièce où les gens arriveraient, partiraient, mangeraient, parleraient de la pluie et du beau temps, joueraient aux cartes, et tout cela non parce que l’auteur en a besoin mais parce que tout se passe comme ça dans la réalité ». L’âme slave…

Je ne suis pas théoricien du théâtre. J’ai essayé de chercher un support sur lequel je pouvais appuyer et argumenter mon idée. Je l’ai trouvé chez Lars Norén dans le "LEXI/textes 9", édité chez l’Arche, et qui avec un peu d’ironie, est l’initiative du Théâtre de la Colline. Cette collection rassemble des inédits, articles, essais, correspondance sur les auteurs joués sur les deux scènes du Théâtre de la Colline. Lars Norén dans "à propos de Strindberg" écrit « Je ne supporte pas Strindberg. (…) J’ai vu trop de représentations, mensongères, poisseuses et dépourvues d’intérêt. (…) Toutes les maladresses, toutes les fautes humaines, toutes les fissures qui font que le théâtre de Strindberg est vivant, avaient été aseptisées (...) et où le sujet principal était le metteur en scène lui-même ». Je n’arrive pas à exprimer plus justement l’idée que j’ai en tête. Le travail de Christian Schiaretti n’est absolument pas physique, et si nous sommes troublés c’est grâce au texte et non à l’incarnation des personnages. Ce stylisme de la mise en scène, souligné par la lumière écrasante et la dureté des meubles rouges empêchent aux acteurs de vivre leurs drames et à la pièce de donner son véritable sens. Strindberg (ou Ibsen, ou Tchekhov) c’est le théâtre du quotidien, entendez bien du quotidien pas du familier ! Ici nous sommes dans une boite fermée, hermétique et étouffante.

 

Finalement on retient quoi de ce spectacle prétentieux et académique ? Strindberg, essentiellement Strindberg, qui devrait vite intéresser la plupart des jeunes metteurs en scènes qui cherchent à travailler librement sur des personnages qui sur la ligne d’une vie anodine révèlent une nature furieuse. Et je vais ajouter que le metteur en scène roi, initié par André Antoine en 1903 ( !!) avec sa "Causerie sur la mise en scène", qui en gros décrit le metteur en scène comme une sorte de coauteur, et bien il serait temps que nos chères metteurs en scène le digère… Le texte libre.    

 

"Père" de August Strinberg, mise en scène de Christian Schiaretti avec Olivier Borle, Gilles Fisseau, Johan Leyssen, David Mambouch, Jérôme Quintard, Isabelle Sadoyan, Nada Strancar et Ruth Vega Fernandez au Théâtre National de la Colline, jusqu'au 8 avril 2006.

[Vu le 2.III,2006 Fauteuil F4]   

17 mars 2006

"La fin des terres" de Philippe Genty et Mary Underwood au TN de Chaillot

Terres d'illusions. Poétique, oui! Beau, oh oui !! Mais j’ai rien compris... C’est un peu lourd de commencer avec cette formule, mais je voulais me débarrasser de cette impression qui finalement importe peu pour ce genre de spectacle. D’ailleurs dans le programme Philippe Genty, le créateur de ce spectacle avec Mary Underwood, confirme "Il n’y a pas d’histoire dans mes spectacles ! C’est une progression dramatique. Ce n’est par une narration". Donc pas d’inquiétude si l’histoire que l’on vous raconte, car malgré tout il y a en une, n’arrive pas jusqu’à vous. Installez-vous confortablement dans la salle Jean Vilar du Palais de Chaillot et regardez.

De l’illusion, de la magie, de la poésie, le spectacle est un veloute de tout ça habilement mis en scène. Des panneaux coulissent en tout sens sur le plateau, cinematographiant le théâtre, les panneaux se resserrent sur un couple, comme un gros plan, puis s’allongent nous laissons croire à du cinémascope. Idée magnifique ! Le spectacle est à cet exemple plein d’inventivité. A l’exemple de cette énorme bulle de plastique qui danse sur scène, de cet insecte géant qui cherche une proie ou encore celle qui se passe en pleine mer et où des enveloppes se transforment en requin…

Sans dialogue, l’histoire n’est pas muette pour ceux qui sont sensibles à la danse. En ce qui me concerne je ne pige rien de rien à la danse. Malgré tout j’ai trouve ce spectacle tout à fait inattendue, j’ai parfois eu l’impression d’être un enfant devant un tour de magicien, tellement bluffe par les illusions. Il faut d’ailleurs mettre en évidence les interprètes et les techniciens tous manipulateurs, qui font un travail incroyables.

 

"La fin des terres" de Philippe Genty et Mary Underwood, au Theâtre National de Chaillot du 8 mars au 7 avril 2006

 

[Vu le 26.III,2006 Fauteuil D0803]

23 février 2006

Théâtre> "Grief[s]" mise en scène d'Anne Kessler au Studio-Théâtre

Un peu moins d’amour s’il te plaît. Sous la pyramide du Louvre, au Studio-Théâtre, se trouve la proposition théâtrale la plus intéressante que l’on peut voir à Paris en ce moment. Dans cette salle, vrombissante par le passage du métro, Anne Kessler, qui signe le décor et la mise en scène, s’interroge sur le grief, « le grief, ce poison qui s’insinue dans une relation et qui la pervertit petit à petit, d’une manière toute souterraine ».

 

Une jeune étudiante en cinéma, la trop rare Céline Samie, cherche à rentrer en contact avec Ingmar Bergman. Elle s’interroge sur le sens du mot grief. Anne Kessler nous propose d’éclairer son interrogation, par les pièces de trois auteurs : Strinberg avec "La Plus Forte", Henrik Ibsen et sa "Maison de Poupée" et Bergman avec "Les Meilleures Intentions".

D’une façon admirable Anne Kessler et Guy Zilberstein, qui signe l’adaptation et les textes, monte habilement ces trois histoires de couples, ou plutôt ces moments où tout s’effondre, où l’amour existant se transforme en rancœur, en reproche, ou les baisers que l’on s’échangeait, se heurte à présent à un mur de béton. Armé de comédiens exceptionnels, tous parfait, elle nous fait entendre cette musique particulière de la chute de l’amour.

Une mise en scène exigeante dans laquelle Anne Kessler utilise d’une façon intelligente et précise, la vidéo, (une caméra suit les comédiens à la sortie de scène, pour exploiter le côté théâtrale de la situation), l’incrustation de l’image, (quelle force de voir dans "La Maison de Poupée" Clotilde de Bayser le visage caché par un chandail, hurlé en silence grâce à la projection de son visage sur cette tête vide) et le décor, (qui s’effondre brusquement dans "Les Meilleures Intentions").

Lorsque les fiancés des "Meilleures Intentions" apparaissent sur scène, Anna - Françoise Gillard, d’une douceur évidente, monte sur les pieds de Eric Ruf - Henrik, pour avancer ensemble dans un même pas, vers une direction commune, on ne s’imagine pas que quelque minutes plus tard, le jeune couple va se déchirer. Il y a tant d’exigence dans le travail d’Anne Kessler, dans la mise en scène de cette situation, que les moments de douceurs, les gestes d'affections qui précèdent la rupture vous reviennent comme un boomerang. Kessler n'utilise pas une mise en scène à effet, frontal, elle y va crescendo.

 

Avec "Grief[s]", proposé dans le cadre de "Laboratoire des formes", qui permet aux interprètes de la Comédie Française de proposer des travaux sur des auteurs, on vous invite à un travail exceptionnel, a voir absolument!

 

"Strinberg, Ibsen, Bergman : Grief[s]", dans le cade de "Laboratoire des formes", mise en scène d'Anne Kessler, adaptation et textes de Guy Zilberstein. Avec Eric Ruf, Coraly Zahonero, Françoise Gillard, Céline Samie, Clotilde de Bayser, Laurent Natrella et la voix off de d'Andrezj Seweryn. Au Studio-Théâtre, du 16 février au 2 avril 2006 à 18h30.

 

[Vu le 22.II.2006 Fauteuil placement libre]

16 février 2006

Théâtre> "Les Nuits Blanches" de Fédor Dostoïevski, mis en scène par Xavier Gallais au Théâtre de l'Atelier

Nostalgie. Lorsque j’étais jeune étudiant à Marseille je vivais cours julien. Autour d’une fosse aquatique avec des ponts il y avait d’innombrables petits restaurants et des bouquinistes incroyables. Je passais un temps fou, ça n’a pas vraiment changé, à fouiner dans les librairies des textes qui allaient m’amener ailleurs. Il y avait un magasin avec un fond théâtre impressionnant. J’ai découvert notamment tout Shakespeare dans les éditions des Belles Lettres, avec le texte bilingue, le portrait de Shakespeare sur la quatrième page et surtout les introductions incroyables et si riches d’informations. C’est certainement dans cette librairie que j’ai découvert le texte de Fédor Dostoïevski "Les Nuits Blanches". Il s’agissait du texte édité par l’Avant-Scène Théâtre, le numéro 245, du 15 juin 1961.

Comme encore aujourd’hui la publication d’un texte correspondait avec l’actualité du moment :  "Les Nuits Blanches mise en scène de Nicole Kessel dans une adaptation scénique de Gil Sandier au Théâtre de Lutèce". J’ai donc fantasmé la mise en scène de "Nuits Blanches" avec dans les rôles titres Nicole Kessel et Jean Martin. Des photos m’ont aidé, pendant toutes ces années, à tenir mon rêve éveillé. Des illustrations en noir et blanc de Kessel dans une petite robe en dentelle, ses yeux soulignés comme le faisait ma mère et comme on pouvait le faire dans les années 60 ; et lui, Jean Martin, en haute forme, cravate nouée mais surtout la présence de son visage lunaire et son apparence de Pierrot. Sans oublier un étrange banc en bois et ce petit pont d'où Kessel semblait se perdre en regardant la Néva.  Dans cette même édition il y avait aussi une note d’introduction de Nina Gourfinkel. Elle résumait la pièce de cette façon : « C’est en vain que le rêveur cherche à entraîner Nastenka dans son royaume enchanté. L’espiègle jeune fille est bien trop de ce monde. C’est en vain aussi qu’il se croit un moment aimé d’elle et qu’il espère, grâce à cet amour, rompre l’enchantement, […], lui ouvrir la porte des songes ». Vous comprenez à présent dans quelle disposition j’étais pour aller voir, enfin!, Les Nuits Blanches au Théâtre de l’Atelier, plein de nostalgie et de fantasme. 

 

Bas fond. Sur le mur nu du Théâtre de l’Atelier est projeté quatre séquences vidéos. Des vidéos surveillances d’étranges escaliers, de sous-sol lugubres et même du théâtre… Un métro passe et une grille, placé sur la scène, éclaire sa présence fantomatique. Sur les marches d’un escalier en acier, à la rambarde piquées et affûtées, recroquevillée sur elle-même Nastenka. Quelques minutes plus tard elle sera sauvée, d’un voyou, par la main d’un jeune homme. Nastenka a rendez-vous avec le locataire que sa grand-mère héberge, elle sanglote car il n’est pas là. Pendant quatre nuits elle va se rendre dans cet étrange lieu de rendez-vous, pour espérer et croiser le rêveur…

Il n’existe pas, à proprement parler, d’un texte théâtral des "Nuits Blanches", car il s’agit d’un bref récit qui porte en sous-titre "Roman sentimental (souvenirs d’un rêveur)", ceci pour expliquer que chacun y va de son adaptation, les cinéphiles connaissent d’ailleurs la version de Visconti "Le Notti bianche", Lion d’Or à Venise en 1957, avec Maria Schell, Jean Marais et Marcello Mastrionni.

Xavier Gallais, metteur en scène, Traite le texte avec une mise en scène très glauque, éclairage jaunâtre, son âpre, magnifique utilisation du son sur l’escalier, et décors rouillés. J’ai eu un peu de mal à rentrer dans cette atmosphère de bas fond, certainement dû à la nostalgie dont je parlais plus haut, car le texte très poétique dégage une absolu tristesse et tendresse, et l'ambiance mise en scène a un peu pris le dessus. Je n’ai pas vu les illusions du rêveur naître auprès de Nastenka interprété par Tamara Krcunovic.

Dans la culture Russe il y a un personnage suffisamment important pour que mon grand-père, polonais, y fasse souvent référence. Il s’agit du yourodivy, que l’on traduit souvent par idiot ou innocent, merci à mon ex-futur ( ?) prof de russe. C’est en réalité un personnage plus proche, toujours selon mon grand-père, des saints, un homme qui a un lien privilégié avec les dieux, il a le don et la capacité de voir et d'entendre ce qui est dissimulé chez les autres. (Un aparté qui me permet de vous dire que le grand Dimitri Shostakovich, dont on fête cette année aussi l’anniversaire, peut-être plus sympathique à découvrir que la machine Mozart, était considéré en Russie comme un yourodivy). Le rêveur des "Nuits Blanches" m’y fait penser et Dominique Pinon semble parfois s'en approcher. Vers la fin de la pièce, qui dure juste une heure, il y a eu un passage éclair mais magnifique que le seul le théâtre peut offrir. Celui ou le rêveur s’aperçoit que jamais il n’aura dans ses bras la belle Nastenka, moment magique, où les deux acteurs assis au bord de la scène, à peine éclairée et silencieuse, reviennent à la surface.

Je souhaite qu’au fil des représentations, car il s’agissait d’un des premiers soirs, la poésie de Dostoïevski prenne le pas sur l’image sombre de l’auteur que l’on résume trop souvent par « Je suis un homme malade », et qui résiste un peu ici, même si l’on sent qu’elle ne demande qu’a céder.

 

"Les Nuits Blanches" de Fédor Dostoïevski (trad. de André Markowicz) Mise en scène de Xavier Gallais avec Tamara Krcunovic et Dominique Pinon, au Théâtre de l'Atelier

[Vu le 16.II.2006 Fauteuil BA1 - 17]

Théâtre> "Le Roi Lear", "La Révolte" et "Le Baladin du monde occidental"

Trois récents spectacles à Paris m’ont amené à me poser des questions. Des interrogations sur la mise en scène au théâtre. Au lieu de faire une note sur chaque spectacle j’ai décidé de vous exposer successivement ces trois pièces et les questions qui en découlent, qui finalement ont pour seul point commun : le texte au théâtre.


Plateau de cinéma. Aux Ateliers Berthier, André Engel, met en scène "Le Roi Lear". J’attendais avec impatience de voir ce spectacle. Evidemment la présence de Michel Piccoli dans un Shakespeare ajoutait à mon état. Mais c’est surtout le travail de André Engel et de son équipe fidèle (Dominique Muller à la dramaturgie et Nicky Rieti à la scénographie), car j’avais trouvé très beau le "Cardillac" présenté cette saison à l’Opéra Bastille. Engel, me semble t-il, a l’œil du metteur en scène. Je m’explique : avec son équipe il arrive à composer, à nous donner à voir des images vivantes et animés ou tout est à sa place. Dans la version de Engel, le Roi Lear est un PDG d’une grande entreprise. Nous sommes à l’intérieur d’un entrepôt où derrière des verres dépolis des gros caractères annonces Lear Entreprise & Co. Toute la pièce va se jouer dans cet espace, le décor, quasi-nu des Ateliers Berthier. Il faudra compter sur la lumière et les effets spéciaux pour délimiter l’espace et inventer chaque univers. Cette indication est importante car elle met en évidence la force et la faiblesse du spectacle de Engel. Cette espace n’est en définitif qu’un plateau de cinéma et les scènes sont montées comme des longs plans séquence qui se terminent par un noir un morceau de musique. Dire que le spectacle est beau à regarder ce n’est pas suffisant. Design sonore, électrocution, pluie de flocon de neige, explosion d’un mur, pétarade….
Force et faiblesse car, j’ai l’impression, que vouloir dessiner un univers oblige à laisser de côté un peu le texte, en pensant que le texte, qui existe par sa seule force, sera encore plus souligner par l’effet d’une scénographie exigeante. J’ai eu cette mauvaise impression que les comédiens n’étaient pas sur la même bobine que le film qui se jouait sur le plateau des Ateliers Berthier. Lear-Piccoli réclame ses filles pour savoir combien elles l’aiment afin de déterminer la dot de chacune. La sensible Cordélia va parler d’amour naturel, désintéressé, moins que ses sœurs, par l’argent et est elle tout simplement répudiée par son père. Et dès le début, malgré les beaux costumes de Chantal de la Coste-Messelière, on a du mal à y croire. Lear interprété si doucement, si humainement par Michel Piccoli, ne semble pas avoir compris son personnage, car même si Lear est un directeur d’entreprise fatigué, conscient de son affaiblissement il garde la violence, secrète et vicieuse d’un Roi (d’un Président) habitué à son pouvoir intransigeant. Dans cette première scène, ce qu’il aime c’est être flatté rien de plus et sa proposition n’est pas une blague. Je ne mets pas en doute le talent de Michel Piccoli mais l’interprétation du texte et des personnages. Alors c’est vrai que nous sommes attirés par les images de Lear sous la neige, dans son manteau en velours rouge sang, qui lève la tête vers le ciel avec l'air célèbre de Rigoletto en fond sonore…
Le théâtre peut-il être à l’exemple d’un plateau de cinéma ou même d’une génération de film ("Three Times" ou "2046"), qui développe une image, une ambiance plutôt qu’une dramaturgie ? Une scénographie inventive, forte, imposante, ne risque t-elle pas d’annuler le mariage du texte et des acteurs ?


Question de temps. Dans la riche et intéressante programmation du Théâtre de l’Athénée Louis Jouvet, nous pouvions assister à une pièce écrite par Villiers de L’Isle-Adam, "La Révolte". Elisabeth est la femme d’un banquier heureux. Un soir elle décide de le quitter, « Ce soir, minuit, elle prend son envol. Elle abandonne tout, domicile, mari, enfant. Une voiture l’attend à la porte », nous explique le programme. Ce spectacle mis en scène par Jean-Marie Villégier et Jonathan Duverger est la découverte, pour moi (!), d’un texte certes un peu littéraire, phraseur mais vraiment intéressant, car on imagine que la décision de Elisabeth a été lentement préparé et jusqu’à la dernière seconde elle va continuer à jouer son rôle, que la menace avancera lentement, que l’annonce de son départ va être comme un crime, un couteau planté en pleine face à son mari. Ce soir là, il n’y avait rien de tout ça car la pièce est tout simplement plombée par le silence… Elisabeth attend, attend minuit, attend l’annonce de la voiture qui va venir la chercher. L’attente, qui a glissé avec le temps vers l’ennuie, et les metteurs en scènes mettent en scène l’ennui et l’attente. C'est-à-dire que entre deux répliques s’écoule parfois une grosse minute. Alors évidement très vite, au bout de 20 minutes, en tant que spectateurs on étouffe. Ils ne vont pas nous faire ça quand même pendant deux heures ?! Déjà qu’ils sont dos à dos il ne vont pas jouer le silence… Alors ce qui volontairement fonctionne, on comprend alors l’envie d’Elisabeth de tout plaquer, finit par nous contaminer et voilà que le travail, certainement utile, d’ambiance, plombe le reste de l’histoire. Car l’attente d’Elisabeth de la voiture qui va l’emmener très loin n’est que le début de cette pièce. Les deux metteurs en scène n’utilisent pas comme Engel pour le Roi Lear, une scénographie pour remplir un peu, la mise en scène et pur et presque sans artifices (une variation au saxophone vient faire les transitions). Une situation décrite doit-elle être intégralement restitué dans la mise en scène ? Doit on, dans la mise en scène, insister et travailler sur une évidence au détriment du rythme qui a tant d’importance dans le théâtre vivant ? Doit-on à ce point être à l'écoute du texte?    

               
Déconstruction. La déconstruction on n’en parle souvent au théâtre. Ça consiste à déplacer une pièce vers une situation plus actuelle ou que l’on pense plus intéressante. On ne transforme par le texte uniquement les situations. On est exigeant aujourd’hui avec ce procédé car tout a presque était fait, notamment avec Roger Planchon 
"Le Baladin du monde occidental" est une pièce écrite par John Millington Synge créée en France en 1913 par Lugné-Poe. Une pièce mythique qui raconte l’histoire d’un garçon qui assure avoir tué son père. En racontant son histoire il devient une sorte de poète auprès des personnages qu’il rencontre. Bien sûr la pièce fonctionne, il me semble, comme une réflexion sur les hommes. Je connaissais la pièce pour l’avoir travaillé mais je ne l’avais jamais vu, dans aucune version. Marc Paquien le metteur en scène propose à Chaillot un "Baladin..." plein de poésie. Sur une scène ou une maison de bois va accueillir ce baladin va on a parfois l’impression d’être un peu chez Tim Burton ou le macabre, le lugubre révèle une certaine et profonde poésie. J’ai aimé ce que propose Marc Paquien mais autour de moi on parlait de sacrilège de très mauvaise déconstruction ! « La pièce n’a pas cette attitude propre et bourgeoise, il faut de la terre sale et mouillée. », «C’est n’importe quoi, normalement on rote, on pète, on se baise, ce n’est pas écrit comme ça… », réflexions entendue aussi par les professionnels critiques d’une émission célèbre émission de radio. C’est quoi une bonne déconstruction ? En ce qui me concerne l’histoire de John Millington Synge m’a été restitué, même si je doute de la proposition faite par Manuel Mazaudier, qui interprète Christy Mahon – la baladin, un peu trop niaise parfois. Que Marc Paquien s’empare du texte et le fasse jouer sur des plaines plutôt que dans une taverne ne me semble pas être un sacrilège. Ça ne me gêne pas car la dramaturgie est respectée et on savoure le texte qui n’est pas dénaturé par l’absence de pet ou d’autres choses… Et puis, pour une fois que le TN de Chaillot présente dans la salle Gémier quelque chose d’intéressant…

 

Le sens. Un de mes professeurs de théâtre aimait me répéter « le théâtre se passera d’auteur ». Le théâtre peut-il vraiment se passer du texte qui semble si essentiel, qui est entre "Le Roi Lear", "La Révolte" ou "Le Baladin..." l’élément sur lequel on est le plus attentif ? Finalement est-ce le texte, les mots écrits qui sont le plus important ou la dramaturgie que l’on met en scène ? On se souvient de quoi du "Marchand de Venise", de "Requiem pour une nonne", de "Mathilde" de Véronique Olmi ou de "Platonov" ? De la dramaturgie ou du texte ? Assurément des deux ! La puissance du théâtre vient de l’adéquation et du respect du texte et de la dramaturgie. Le reste, les décors, les costumes, la scénographie, ne sont que des éléments de faire-valoir mais à la puissance si importante qu’elle peut être dévastatrice. Lorsque l’on met en scène une pièce il faut sans cesse se poser la question qui consiste à savoir pourquoi l’on travail sur ce texte, ce qu’il veut dire. J’aime que le théâtre utilise toute ses possibilités : vidéo, son, lumière… mais il apparaît évident que le texte et ceux qui le portent, les comédiens, tiennent la place principale dans les mise en scène que j’apprécie. Je ne parle pas de théâtre minimalisme, quelle horreur, mais d’utilisation utile et justifié de la technique moderne. Comprendre le sens du texte.

 

"Le Roi Lear" de W. Shakespeare, mis en scène par André Engel à L'Odéon -  Théâtre de l'Europe aux Ateliers Berthier. [vu le 9.II.2006 Fauteuil E2]

"La Révolte" de Villiers de L'Isle-Ada, mis en scène par Jean-Marie Villégier et Jonathan Duverger à L'Athénée - Théâtre Louis-Jouvet. [Vu le 26.I.2006 Fauteuil H7]

"Le Baladin du monde occidental" de John Millington Synge, mis en scène par Marc Paquien au T.N. de Chaillot. [ Vu le 2.II.2006 Fauteuil F10]

02 février 2006

Théâtre> "Pygmalion" de George-Bernard Shaw, mise en scène par Nicolas Briançon au Théâtre Comédia

Théâââtre. Cette année, les directeurs de théâtre ont décidé de proposer une nouvelle saison au public. Nous avons eu droit à une nouvelle rentrée théâtrale, après celle de septembre. Je vous ai parlé de "Conversations après un enterrement" et de "Caligula" au théâtre de l’Atelier. Impossible de voir toutes les nouvelles productions, les places sont atrocement chers. Mais heureusement des initiatives sont prises pour que l’ensemble des publics puisse s’offrir un bon fauteuil confortable dans l’un des magnifiques théâtres privés pour une assister à un bon spectacle. Ainsi les théâtres privés pour chaque nouvelle production proposent quelques dates avec un tarif a -50%. Profitons donc, mais les productions sont parfois un peu lourdes, grasses, ("Si c’était à refaire", "numéro complémentaire") ou économiques (Love Letters...). Le défaut des théâtres privés c’est le manque de nuance. Je souhaiterai que le Théâtre de la Madeleine ou le Théâtre Edouard VII utilisent le remplissage de salles grâce aux têtes d’affiches pour produire des spectacles plus innovants (à l’exemple du théâtre de l’Atelier ou du Théâtre Montparnasse), peut-être plus risqué que Jean Dujardin et Alexandre Lamy dans "Deux sur la balançoire"...

C’est le cas pour "Pygmalion" au Théâtre Comédia. Ce n’est pas une révélation mais le spectacle mis en scène par Nicolas Briançon est un bonheur. Ecrite en 1916 par Georges-Bernard Shaw, "Pygmalion" est la pièce qui inspira le culte "My Fair Lady" avec Audrey Hepburn. Nous connaissons tous le film et c’est toujours un pari de monter une pièce qui à une mémoire visuelle collective. Barbara Shulz, comédienne radieuse au théâtre (mais malchanceuse au cinéma) compose une Eliza Doolitle tout à fait charmante. Le professeur Higgins est interprété avec une muflerie géniale par Nicolas Vaude, peut-être un tout petit peu jeune. Dans cette distribution, qui compte douze comédiens, il ne faut pas oublier de citer Danièle Lebrun, qui joue la mère du professeur, ai-je besoin d’utiliser des adjectifs pour qualifier cette comédienne, grande comédienne, qui me ravit chaque fois que je la voit au théâtre, mais la révélation, pour moi, vient de Jean-Claude Barbier qui interprète le père de Elisa, génial !

Le seul bémol de cette bonne production est le décor un peu criard, les murs peint en trompe l’œil sans vraiment de finesses, même si la mécanique, toute en accordéon, est impressionnante à voir, est d’ailleurs on vous la montre en tamisant la lumière pour les changements, au lieu de fermer le rideau.

Je chipote parce que la soirée est très bonne, on rit vraiment et intelligemment, le discourt sur l’apparence, l'argent à un écho étonnant, et l’on aimerait que ce spectacle soit un peu l’exemple de productions sans prétentions et de très bonne qualitées. Une excellente soirée.

 

"Pygmalion" de Geaorge-Bernard Shaw mis en scène par Nicolas Briançon avec Barbara Schulz, Nicolas Vaude, Danièle Lebrun, Henri Courseaux, Jean-Claude Barbier ... au Théâtre Comédia.

 

[Vu le 1.I.2006 Fauteuil COD20]

 

Plus>

Lire "Pygmalion" (en anglais)

Premiers aux premières, le site des Théâtre privés de Paris.

01 février 2006

Théâtre> "A&C" d'après "Antoine et Cléopâtre" de W. Shakespeare, mis en scène par Lewis Furey au Théâtre de la Ville

medium_a_c_aff.jpgMaso. Je suis maso. Chaque année je me pose la question de mon réabonnement au Théâtre de la Ville. Je me pose chaque année, entre le mois de juillet et d’août, cette terrible question… « -Tu y retournes ou pas ? ». Et je suis maso car j’y retourne, aguiché par un voir deux spectacles. Cette saison, avec Martin Crimp à l’affiche et la présence de Romane Bohringer, m’a fait penché pour un oui. Mais il fallait ajouter un troisième spectacle pour conclure, alors j’opte pour Antoine et Cléopâtre de Shakespeare mise en scène par Lewis Furey, chanteur culte, nous dit-on, moi qui ne savais même pas qui c’était, inculte que je suis…

"Antoine et Cléopâtre" de Shakespeare se mue, et avec raison, en "A&C" d’après Shakespeare… Alors on s’installe, on ferme les yeux et on se bouche les oreilles… Vous aimez la comédie musicale ? Moi j’adore, je ne passe pas une semaine sans écouter "West Side Story" , une musique de Sondheim ou regarder un extrait de "Concha Bonita" pour être plus trashy ! Vous êtes comme moi ? Alors ce que vous allez vivre pendant deux heures et cinq minutes est un véritable supplice… A côté une débile french comedie musicale, n’importe laquelle, est un pur moment de bonheur. Ce n’est pas possible ce que j’ai vécu, ce n’est pas possible… Je vous passe le rétrécissement de l’intrigue, j’ai rien compris, et inquiétez vous car je connais mon "Antoine et Cléopâtre" sur le bout des doigts. Les comédiens-chanteurs-danseurs font une belle performance mais mon dieu ils ne savent pas chanter. Ils sont, ce que j’appelle des chanteurs à échos. Vous savez ces chanteurs qui chantent très forts en ouvrant bien la bouche et qui finissent chaque note par un AAAaaa-aa-aa-aa-a-a-- ou IIIiiiii-iiii-ii-ii-ii—et puis il chantent faux, surtout Cléopâtre-Sylvie Moreau. Vous voulez un aspect positif ? Honnêtement j’ai du mal, les décors rien à dire, il y a en a pas, les lumières, un ingénieur doué d’une petite salle des fêtes aurait plus d’imagination ; les costumes il y en a pas vraiment non plus et en ce qui concerne la danse, je n’y comprend rien alors je ne peux pas vraiment juger…

Mal élevé. Alors vous allez me dire « -mais pourquoi tu n’es pas sorti ?». Dans la salle les gens partaient par grappe entière, une horreur, j’en étais mal à l’aise… Mais j’étais encore plus gêné par la façon dont ils quittaient la salle. Un briut d’enfer a accompagné chaque départ ; strapontin refermé violemment, fauteuil rabattu avec fracas… Ce n’est pas des choses à faire, même si on n’aime pas, on sort en silence, en désapprouvant mas silencieusement. Je me souviens à Chaillot d’un "Tamerlan" monté par Jean-Baptiste Sastre. Le public sortait en gueulant d’indignation, en criant son dégoût… ah c’était quelque chose… et même ce soir là, je suis resté assis sagement à attendre la fin. Car le plus dure pour un comédien ce n’est pas de voir la salle se vider, car souvent il ne voir rien, mais d’être privé d’applaudissements par les quelques mains courageuses qui sont encore là. Et souvent je sort, dans la lumière, sans applaudir, méprisant. Totalement méprisant.

 

"A&C", livret, musique et mise en scène par Lewis Furey d'après Antoine et Cléopâtre de W. Shakespeare. Avec Sylvie Moreau, Julien Compagne, violaine Paradis, Stéphane Aubin, Jean Maheux, Sylvain Scott, David Laurin, renaus PAradis, Roxanne Hegyesy, Donald Taruc, David Cronkite et Lépide, au Théâtre de la Ville.

 

[Vu le 31.I.2006 - Fauteuil U33]

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